lundi 29 décembre 2014

AUTOMAT, de Edward Hopper

Automat, Edward Hopper, 1927
Huile sur toile, 71.5cm x 91.5 cm, Des Moines Art Center, Iowa (Etats-Unis)
I. Presentation
1) L’œuvre
Automat est un tableau peint Edward Hopper en 1927. Ce tableau appartient au courant du réalisme américain.

2) Contexte
Les années 1920-1930 sont très propices au marché de l’art, qui se développe considérablement aux Etats-Unis. Dans cette «fièvre de l’art», on retrouve Hopper, et son réalisme silencieux et mélancolique. Dans tous ses tableaux, certains thèmes sont récurrents, comme l’isolement, des humains qui regardent mélancoliquement quelque chose ou encore des petites villes très américaines.

II. Description et analyse
1) La femme
Seul personnage humain du tableau, une femme est assise à une table. Son regard est fixé sur sa tasse de café. Elle porte un chapeau et un manteau en fourrure, qui semblent, un peu comme elle, «fatigués». En effet, les deux vêtements ne vont pas ensemble et le chapeau tombe des deux côtés de sa tête.
Il n’y a pas d’autres présence qu’elle, pas d’amis ni d’autres clients, ni même de serveur, étant donné qu’elle se trouve dans un «automat», ces restaurants qui donnent automatiquement entrées, desserts et boisson par le biais de la machine...

Le titre du tableau est donc ambigü : il peut faire référence à l’endroit où se déroule la scène, mais il peut aussi appeler à faire le rapprochement entre la femme et un automate, comme si elle en était elle-même devenu un.
Le peintre nous amène à nous demander comment la femme en arrivée ici. Le fait qu’elle n’ait enlevé qu’un seul gant laisse supposer qu’elle est pressée, cependant que l’assiette vide posée devant elle et la tasse laissent penser qu’elle est là depuis longtemps.
C’est la femme de Hopper qui a servi de modèle. Comme elle était plus vieille que ce qui était recherché pour le modèle, Hopper a altéré ses traits en la peignant.

2) Le décor
Le restaurant est ici entièrement vide, à l’exception de la femme ; et pourtant, le peintre a choisi de mettre en évidence une chaise vide en face du modèle. Il rappelle encore une fois qu’elle est seule. La coupe de fruit, qui tranche de par ses couleurs vives, semble être la seule trace de vie de toute la pièce.
La femme a gardé son manteau, son chapeau et ses gants, ce qui pourrait signifier d’une part, que le petit radiateur sur le côté ne suffit pas à la réchauffer, et d’autre part que nous sommes en hiver. Le froid qui se dégage du tableau rend la femme encore plus vulnérable.
A l’instar de nombreuses peintures de Hopper, aucune porte n’est visible. La femme semble coincée dans sa douleur. Seule une grande baie vitrée est visible, ce qui ressemble aussi beaucoup à d’autres tableaux de Hopper, comme Noctambules. Grâce au reflet de la vitre, Hopper fait disparaître l’immense étendue noire de la nuit en se faisant refléter toutes les lampes de l’automat.

Noctambules, Edward Hopper, 1942
Huile sur toile, 84.1cm x 152.4 cm, The Art Institute, Chicago
3) Le spectateur
A travers sa peinture, Hopper cherche à amener chez le spectateur de la pitié pour cette femme, seule le soir, perdue dans ses pensées.
On peut d’ailleurs noter que par choix du peintre, la femme reflète les lampes à l’intérieur, et ne laisse rien paraître de la nuit : pourtant, les rues de grandes villes comme New York sont toujours éclairées et lumineuses le soir. Encore une fois, Hopper semble vouloir attirer la compassion pour la femme, et amener le spectateur à réfléchir sur sa situation à elle, et non pas sur ce qu’il se passe à l’extérieur.


III. Liens
1) Sunlight in a Cafeteria, de Edward Hopper

Sunlight in a Cafeteria, Edward Hopper, 1958
Huile sur toile, 102.2cm x 152.7 cm, Yale University Art Gallery, New Haven (Connecticut)

Ce tableau de Hopper, peint trente ans après Automat, semble être son exact contraire. Là où tout était très sombre, la lumière transperce les vitres. La femme est toujours représentée tenant une tasse, mais ses vêtements laissent supposer que l’on est maintenant en été. Elle n’est plus toute seule dans le bar -la sensation produite n’est plus la même. Ici, elle semble plus attendre quelqu’un.
Même la coupe de fruit a trouvé son alter-égo dans ce tableau, où elle est remplacée par une plante en bordure de fenêtre. La femme ne semble plus enfermée, mais ouverte au monde ; on peut d’ailleurs noter qu’on voit à travers la rue cette fois-ci.

2) Tableaux similaires

La Prune, Edouard Manet, 1877
Huile sur toile, 73.6cm x 50.2cm, National Gallery of Art, Washington


L'absinthe, Edgar Degas, 1875-1876
Huile sur toile, 92cm x 68cm, Musée d'Orsay, Paris

IV. Conclusion

Automat est un tableau typique de Hopper, qui est aussi un exemple de l’aliénation urbaine, c’est à dire, dans ce cas là, d’un endroit possédé par la machine et absent de trace de vie.

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